De trace du passé à patrimoine culturel. Première approche.

on 30 oct 2013

Share On GoogleShare On FacebookShare On Twitter

Lors de la rédaction de mon travail de fin d’étude, j’avais utilisé le terme patrimoine pour éviter les redondances (et parce que le mot sonne bien, je l’avoue) sans en comprendre l’impact de sa signification.  Aujourd’hui, je comprends l’importance de ce choix. Bien qu’il ne doit pas rester le seul but de ma recherche, la compréhension du patrimoine culturel doit pouvoir être abordée à l’école primaire.

Parler (faire comprendre, ressentir, aborder…) le patrimoine avec des enfants, c’est jouer notre rôle de sensibilisateur de la jeunesse à l’importance de la transmission de notre histoire. Les traces de notre patrimoine sont les seuls éléments qui traverseront les âges, intacts, comme figés à tout jamais dans le temps qui les a vu naître.

Cette phrase d’Antoine de Saint-Exupéry résume assez bien mon dernier paragraphe : « Nous n’héritons pas de la terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants. »

On peut reprendre cet adage qui dit que les enfants sont les adultes de demain. C’est dès le plus jeune âge qu’on peut faire comprendre cette responsabilité future d’avoir le devoir d’être en même temps les héritiers, les gardiens, les transmetteurs et les découvreurs de l’Histoire.

En somme, ils sont des apprentis cultivateurs de la mémoire commune.

Pour y arriver, la meilleure solution est de faire vivre aux élèves les étapes qui transforment une trace du passé en patrimoine culturel.

Mais avant toute chose, je souhaite définir au mieux ce mot pour en comprendre son sens et la force qu’il dégage (je parle de force car lorsque j’ai choisi de l’intégrer dans mon TFE, il résonnait en moi comme un mot important, quelque chose de fort).

Qu’est-ce que le patrimoine culturel ? Comme une trace du passé peut, à un moment, se targuer de cette ultime reconnaissance ? 

J’ai eu l’occasion de vivre, durant le mois de septembre et octobre 2013, une de mes activités pour aborder le patrimoine avec des enfants de 5ème et 6ème primaire.

A la fin, une question subsistait. Pourquoi certaines traces et pas d’autres ?

Pour y répondre, nous avons comparé de simples traces du passé à des traces faisant partie du patrimoine culturel. Voici les mots qui ressortent de cette analyse.

Pour les enfants, un objet du patrimoine c’est : un objet qui coûte cher, un héritage, un objet qui a de la valeur (Il est difficile de faire ressentir les deux notions de la valeur aux enfants. Celle de la valeur monétaire et de la valeur que nous accordons pour l’objet en lui-même. Ce qu’il représente aux yeux de l’Histoire.), c’est quelque chose de connu, quelque chose qu’on visite, c’est hors de prix, c’est unique, c’est beau, c’est une chose qu’on protège pour ne pas qu’on le vole, qu’on répare (un des exemples étant le Bois du Cazier).

Avec leurs mots d’enfants, ils ont su établir de manière quasi précise la différence entre une trace du passé et un objet faisant partie du patrimoine culturel.

Comment une trace du passé passe au statut de patrimoine culturel ?

Prenons le temps de comprendre le processus.

1) La découverte de l’objet. (considérée comme trouvaille unique et exceptionnelle)

2) La certification de l’origine de l’objet.

On établit tout simplement sa carte d’identité. On lui accorde une valeur historique et une valeur d’ancienneté (Aloïs Riegl, 1858-1905) . La simple découverte d’un objet « unique » ne suffit pas. Un travail de connaissance sur l’origine de l’objet doit être effectué. On doit avoir la capacité d’établir son origine. En d’autres mots, vérifier que l’objet vient bien du monde duquel il semble venir (de manière scientifique).

Ensuite, on vérifie l’existence du monde d’origine. Prouver que la découverte appartient bien à une époque déterminée dans le temps. A partir de ce moment, le statut social de l’objet change. Ce n’est plus un simple objet, mais une réalité matérielle appartenant au passé venue jusqu’à nous, une trace de ce passé.

3) La célébration de la découverte par son exposition.

On crée un lien de parenté avec ces objets du passé qui nous sont transmis. La visite par le public permet de transmettre ce patrimoine, de pouvoir apporter un émerveillement autour de la trace. Mais aussi de faire comprendre notre histoire aux visiteurs.

4) L’obligation de transmettre aux générations futures.

Une dernière étape est nécessaire. La transmission du patrimoine aux générations futures. Pour ce faire, nous avons la charger/le devoir de conserver (et parfois même de le restaurer avec les techniques de l’époque) l’objet pour le transmettre à ceux qui viendront après nous .

Après cette analyse, je crois qu’il peut être intéressant de vivre la démarche de patrimonialisation avec les enfants. Et cela pour plusieurs raisons :

a) La sensibilisation.

La manière la plus simple de ressentir une chose est de la vivre pleinement. Si l’enfant réalise, de manière proche, la démarche de patrimonialisation de traces du passé proches de son environnement, il sera capable de comprendre et de respecter cette volonté de transmettre notre histoire aux générations futures.

Cette ouverture d’esprit à la culture qui les entoure est importe dans la construction de leur appartenance à cette même culture.

b) Comprendre comment on établit l’histoire.

Apprendre à comprendre (double infinitif, mais pour la bonne cause) ,par rétrospection, notre histoire grâce aux élément toujours visibles aujourd’hui.

c) Une histoire de transmission.

Savoir, qu’en tant que citoyen, nous devons respecter, apprécier et transmettre ces traces que nous croisons tous les jours.

 

Source : 

- « Comment se fabrique le patrimoine » – Jean Davallo – Sciences Humaines