La première rencontre avec des enfants allophones

on 12 sept 2014

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J’entame ma deuxième année d’enseignant avec une partie de mon horaire destinée aux enfants allophones.

1er septembre 2014, j’ai l’impression de redevenir un élève le jour de la rentrée des classes. J’ai la boule au ventre. Rencontrer des enfants qui débarquent d’un autre pays, ce n’est pas rien. J’appréhende le moment en espérant que le premier contact permettra déjà d’établir des liens. De briser la glace. Je sais qu’il est important d’établir une relation de confiance dès les premiers gestes, les premiers mots. Celle-ci sera un pilier solide pour la suite des évènements. Les enfants doivent se sentir libre de s’exprimer, d’oser se tromper en se sentant rassurés par une attention bienveillante de ma part.

La première rencontre avec des enfants qui ne parlent pas le français

La première rencontre réserve toujours son lot de surprises. Un enfant n’est pas un autre, nous le savons. C’est sans doute cela qui rend le moment spécial. Je dois simplement me laisser guider par les événements.

D’abord, il y a cette froideur chez certains. L’impression d’être face à un mur. Je me demande quel(s) sentiment(s) font surface chez eux. Sans doute la peur, l’impression d’être perdu. Ce doit être plein de sensations mélangées.

 A vrai dire, je n’aimerais pas être, ne fut-ce que quelques minutes, à leur place. J’essaie d’imaginer des situations durant lesquelles je suis un étranger « en terre inconnue », que je ne comprends pas ce qu’on me veut. Et là, je sens l’angoisse monter en moi. Etant de nature réservée, je ne peux que poser un regard d’admiration envers eux.

 Changer de pays c’est aussi changer de culture, c’est perdre son attache.

Ils n’ont pas eu le choix de cette immigration. Dans la plupart des cas, ils subissent la bêtise humaine qui veut que le monde soit un ensemble d’inégalité et d’injustice. Nous ne choisissons pas où nous naissons. Je pense que, souvent, ces enfants deviennent l’espoir de leurs parents qui voient en eux un avenir meilleur. Ils sont les porteurs d’une « ascension sociale » espérée.

Ensuite, il y a ces regards interrogateurs, ces airs détachés.

Les premiers échanges de mots se font. On n’ose pas, on hésite et puis, finalement, parce que l’individu a besoin de communiquer, on se lance. L’enfant observe tout dans l’expression du visage de l’enseignant. Tant le mouvement des lèvres, pour reproduire à l’identique les sons lancés par ce dernier que l’attente d’une approbation dans cet exercice de mémoire et de restitution.

Lors de la première rencontre, il est amusant de constater, que quelque soit sa culture, l’enfant se sent, en quelque sorte, jugé. Je prends des notes, j’observe les qualités et les faiblesses chez lui. Il me regarde écrire et essaie de faire au mieux en observant la cadence des mouvements du crayon. Comme si celle-ci devenait un indicateur de réussite. Il doit se demander si j’écris ce qu’il fait mal. Je cherche la limite chez lui.  Mais je ne peux pas lui en expliquer la teneur, dommage.

Les expressions évoluent minute par minute : des airs interrogateurs, des langues qui se délient, des regards qui s’illuminent parce que, grâce à une phrase, on a réussi à entrer en contact.

Après, vient le moment où je commence à apporter les premiers mots en français. Je parle, j’explique, je montre. Ils ne comprennent pas tout, mais les enfants se prennent vite au jeu. Les règles ne sont pas définies à la base. Elles se construisent au fur et à mesure des interactions.

Les visages se décrispent. Les premiers liens se créent. Entre-eux, avec moi. La cadre de confiance est posé.