Le carnet d’écrits : pour raconter sa vie à l’école

on 23 sept 2014

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Un outil parmi d’autres

A l’Institut de la Visitation de Gilly différents outils/institutions de la pédagogie institutionnelle sont mis en pratique : les conseils, le « Quoi d’neuf ? », les métiers et le journal. Ces moments d’expression sont de réels coups pouces pour ces enfants dont la langue maternelle n’est pas le français.

L’avantage de ces derniers est leur fréquence. Ce sont des rituels de classe/cycle.

Pour les allophones, ils jouent deux rôles complémentaires.

Le premier étant l’intégration. Faire partie de ces moments, c’est faire partie du groupe, de l’école.

Le second est la prise de parole. L’obligation de comprendre et de s’exprimer pour en faire pleinement partie.

Bien que, dans un premier temps, ils ne sont que spectateurs de ces instants. Petit à petit, ils osent se lancer. Il faut parfois attendre quelques mois pour que certains écrivent un mot dans la boite du conseil, inscrivent leur nom le matin pour déposer quelque chose lors du « Quoi d’neuf ? » ou prennent la parole devant le groupe lors du grand conseil pour défendre une opinion.

Au delà de ces outils, je voulais mettre en place un moment personnel pour ces enfants en apprentissage de la langue. Un moment pour raconter, en toute liberté, ce qu’ils vivent à l’école. Pour rendre compte de ce qu’on apprend, pour se rendre compte de son évolution, pour parler de ses forces et ses faiblesses, de ses découvertes, pour raconter des anecdotes et pour être fier de ce qu’on vit à l’école.

C’est à la suite de la visite de l’école de la Neuville que l’idée à fait son chemin dans mon esprit. L’outil est utilisé dans leur établissement et sert de support à la création du journal de l’école.

L’intégration de l’outil au sein de mon petit groupe permettra d’atteindre quatre objectifs :

- Apprendre à respecter des consignes claires. Le cadre fixé autour du carnet.

- Donner une intention et du sens à l’écriture en laissant, en partie, de la liberté aux enfants. Je pense qu’en laissant une certaine liberté dans le choix de son écrit on arrive à faire tomber la pudeur, la peur d’écrire. Enfin, le carnet permet l’écriture de textes courts. Ils sont, sans doute, un obstacle moins haut à franchir que d’autres types de textes abordés à l’école primaire.

- Avoir l’occasion de faire le lien entre l’écrit et l’orthographe/grammaire en prenant des extraits des carnets des enfants à corriger ensemble.

- Augmenter l’estime de soi des élèves en montrant l’évolution de leurs écrits au fil de l’année, en rendant les écrits « diffusable » pour le journal de l’école ou simplement pour le groupe.

Au delà du dépôt et d’un compte rendu de vie, le carnet d’écrits est un outil d’apprentissage de la langue française.

Les règles 

Les enfants vivant un outil assez proche avec le « Quoi d’neuf ? », il était important pour moi d’établir une série de règles pour vivre au mieux les moments d’écriture dans le carnet.

Les voici : 

Ces règles sont affichées au dessus du « bac à carnets d’écrits ».

- Les moments d’écriture sont fixés les 15 dernières minutes de chaque cours.

- Je trace une ligne sous l’écrit de la fois précédente.

- J’écris la date du jour.

- J’ai le droit de raconter ce que je veux dans mon carnet mais cela doit parler de quelque chose vécu à l’école.

(Ce que j’ai découvert, ce qui m’a plu durant la semaine/la journée, ce que je n’ai pas aimé, quelque chose qui s’est passé en classe/dans la cour et que j’ai envie de raconter, …

–> C’est un moment différent du « Quoi d’neuf ? »

- Je fais attention à bien écrire. Le carnet peut être lu par l’instituteur et un écrit peut être choisi pour le travailler en classe ou le diffuser.

Les premiers instants

Lors du premier moment d’écriture, la plupart des enfants étaient perdus. Ils se regardaient les uns les autres. La demande d’avoir le silence lors de ce moment personnel plaçait la classe, régulièrement en activités orales et de groupes, dans une atmosphère particulière. Je garde en tête l’idée de diffuser une musique calme si les enfants n’arrivent pas à se mettre dans une bulle l’espace de ces 15 minutes pour eux.

Le seul cadre étant :  le carnet, la date placée en haut à gauche et la consigne de tirer une ligne après avoir écrit, quelques questions font sans doute leur apparition dans l’esprit des enfants.

« Mais écrire quoi ? (C’est sans doute ça qui est difficile) Que doit-on écrire ? Que peut-on écrire (en sachant que je peux tout écrire) ? Mais ça englobe quoi le tout écrire… Vraiment tout ? »

Quelques enfants sont parvenus à écrire quelques mots, mais principalement sur l’activité vécue avec moi ou des choses assez générales (je me sens bien, je suis content,…).

Le 2ème jour, j’ai décidé d’ajouter un moment de partage pour celui qui le voulait. J’ai volontairement commencé (j’ai également mon carnet d’écrits) de manière à montrer aux enfants qu’on pouvait vraiment parler de tout. J’ai choisi de raconter une anecdote sur un moment de fou rire avec un enfant qui parlait de ses dents qui ne repoussaient pas depuis qu’il les avait perdue un an auparavant.

Les jours suivants, les écrits ont pris un peu de consistence et de profondeur chez certains. Ils sont également friands du moment d’échanges qui permet de se raconter.

 

Prochain moment dans le carnet d’écrits ce jeudi… A vos stylos !