Regarder vers le passé pour aller de l’avant (ou raconter sa pratique)

on 24 août 2014

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Raconter ses pratiques c’est prendre le temps de s’arrêter, de regarder en arrière pour aller de l’avant.

J’aime mon métier pour la passion qu’il dégage. Bien entendu, on peut se satisfaire de certaines actions menées, mais, dans sa globalité, je pars du principe qu’avec un petit sac à dos rempli de trois années d’expérience je ne peux me satisfaire pleinement de ma pratique. Est-ce que j’enseigne mal ? Je ne pense pas. Est-ce que je pose les bons choix ? Je ne sais pas.

Cette année, j’ai eu le plaisir, durant une partie de mon horaire, de m’occuper d’un groupe d’une dizaine d’enfants allophones. Au début, j’ai eu peur. Peur de mal faire, peur de me retrouver bête dans une situation où deux cultures, deux langues se rencontrent. Et puis, j’ai rencontré, j’ai appris, j’ai tenté de me mettre en recherche et j’ai adhéré, parce que chaque jour était différent. Chaque jour était l’occasion de vivre un nouveau défi. Je trouvais enfin ce que je cherchais au fond de moi, ce qui m’anime dans ce métier : me sentir utile, donner du sens à mon entreprise, apporter ma petite pierre à un édifice en construction, comprendre qu’un enfant n’est pas un autre et le ressentir, voir que la courbe d’apprentissage n’est pas un parcours identique et tenter d’en influer la tendance.

Parfois on y parvient et parfois pas.

C’est là qu’est le noeud du problème !

Ce que je trouve insatisfaisant dans mon métier (ce qui ne me satisfait pas personnellement) c’est l’impossibilité de prendre un recul simultanément face à ma pratique et de me sentir tout d’un coup démuni face à la situation.

Cela provoque en moi, parfois, de la frustration, des hésitations sur les actions que je mène au quotidien avec les enfants qui me sont confiés. Cette année oui, j’ai pas mal douté. Je remets la faute sur ma jeunesse. Mais j’ai l’impression que ce sera toujours pareil.

Avoir des enfants allophones dans l’apprentissage de la langue française, ça a été pour moi l’obligation de sortir des sentiers battus.

Tu les vois évoluer, tu donnes beaucoup d’espoir et puis, sans crier gare, pour certains, plus rien.

En cours d’année, cette courbe ascendante de l’apprentissage s’est stabilisée d’un seul coup pour quelques-uns. Et là, je me suis senti perdu.

Tu as ce sentiment de ne plus rien leur apporter de nouveau.

Est-ce que j’ai changé ? Pourquoi n’évoluent-t’ils plus ? Plein de questions qui gravitent dans mon esprit.

Tu prends rapidement la situation pour un échec personnel et ça te plombe un peu le moral. Tout ça parce que tu n’arrives pas à relativiser, dans un premier temps, car tu ne sais pas l’expliquer.

Ça a été des moments de réflexions et de doutes dans ma pratique. Tu te poses la question de savoir si la pédagogie que tu employes est adaptée à ce moment précis pour ces enfants en particulier.

Et puis, quand tu sais prendre du recul, tu retombes sur tes pattes et tu comprends que, quoiqu’il arrive, l’enfant évolue, même si ce n’est pas mesurable sur le moment.

L’évolution d’un enfant n’est pas conditionnée dans un schéma type. C’est ça qui rend notre boulot magique, je trouve.

Ce qui est significatif dans notre boulot, c’est d’être toujours en recherche. Et qu’en fin de compte, beaucoup de choses nous échappent. Ce n’est qu’avec le recul nécessaire que nous arrivons à comprendre les choses.

On peut faire grandir les enfants de mille manières. Il n’y a rien de vraiment écrit. On pose des choix, on place des priorités, on émet sans cesses des hypothèses comme un scientifique dans sa démarche.

Nous sommes dans un éternel apprentissage.